White lies ou pour les francophones que nous sommes : mensonges pieux. Ils sont partout. Je ne sais pas pour vous mais dans ma vie et mon périple il y a des choses qu´il vaut mieux à certains moments passer sous silence à tort ou à raison… Le premier mensonge pieux de mon périple était d´avoir décidé de faire l´Europe en auto-stop. Quand tu dis autostop – une fille - en solo la conclusion ne se fait pas attendre plus de deux secondes : « t´es folle, tu vas te faire voler, tabasser, violer, tuer… » Moi-même j´étais consciente du risque mais avais cette intuition que l´expérience valait le coup et que l´incertitude et la peur ne pouvaient conditionner mes choix. Et après coup et pieux mensonge, je vous le dis l´Europe en auto-stop ce fut le top : des rencontres extraordinaires et pas de viol !!! Et oui, sorry ! L´être humain a toujours une forte tendance à avoir peur de ce qu´il ne connaît pas notamment quand son niveau d´intelligence n´est pas très élevé. L´autostop est surement dangereux mais un minimum de bon sens et d´écoute de soi aide à mettre un maximum de chance de son côté pour « survivre » ! Quand je suis partie je savais également que je ne voulais pas être de celles qui par crainte de la situation géopolitique d´un pays l´évitent.
Et vient là le second mensonge pieux : je tenais à faire l´Irak et l´Afghanistan. On a pas besoin dans la vie de gens qui ont peur pour vous mais de gens qui vous poussent à aller plus loin et réaliser vos rêves, alors par bienveillance on ne dit rien. Je pensais : il y a surement des gens dans ces pays qui doivent avoir besoin de parler avec l´extérieur de la situation de leur pays, je pensais également à plein d´autres choses. Mais aussi je ne tenais pas à revenir dans 50 ans à Kaboul avec mes enfants et leur dire que moi pendant que les gens ici mouraient je vivais ma vie en regardant ceci au JT de 20h ou survolais le pays en Airbus 737. Berlin et Sarajevo furent des villes qui m´ont beaucoup touchée. Je n´oublierai jamais que Sarajevo est à moins de 1700 km de Nîmes et qu´à l´époque je n´ai pas totalement réalisé qu´on y laissait tuer des milliers de gens. Alors oui je savais très bien où je voulais aller... L´Irak après plusieurs mois d´attente me refusa le visa. Pour l´Afghanistan, j´avais décidé que même si j´avais très peur, je ne voulais pas que l´on m´empêche de voir et toucher l´une des réalités de notre monde.
Troisième mensonge pieux : je présente à l´ambassade afghane de Téhéran une lettre de recommandation signée de l´ambassade française crée de toute pièce sur mon Photoshop. En effet, notre chère République ne recommande pas ce genre de destination. Qu´elle ne le recommande pas semble plus que logique. Par contre, en refusant de délivrer les lettres de recommandations indispensables à l´obtention d´un visa, la République décide pour toi de ce qui est bon ou pas bon de voir. Ce genre de privation de liberté c´est pas ma tasse de thé. Cela s´explique peut-être par le fait que l´Etat français ne veut pas avoir à payer des sommes astronomiques pour la libération d´otages. Là encore, mes proches m´en voudront peut-être mais ma volonté expresse de ne pas être libérée grâce à l´argent public avait été mise par écrit et remise à une personne de confiance, juste au cas où ! Et vous savez quoi ? La seule à ne pas me prendre pour une folle furieuse d´aller là-bas fut la dame du consulat afghan. Peut-être aussi était-elle contente de percevoir les taxes pour l´apposition du visa sur mon passeport ! Trêve de plaisanterie, elle et un diplomate iranien ont été extras : ils m´ont laissée les coordonnées de sa famille pour elle et pour lui son portable et adresse de son hôtel à Kaboul. A partir de là, j´ai passé de nombreuses nuits cauchemardesques.
Puis, l´entrée dans le pays arriva. Vous vous souvenez de ma pipe à opium dont je vous parlais dans mon précédent post ? Et bien, oui j´ai réussi à la faire passer et moi avec. Mon pseudo taxi partagé me déposa à la frontière entre l´Iran et l´Afghanistan. A partir de là ce fut du free style. Un jeune afghan m´aida à passer les formalités d´entrée puis à trouver un véhicule pour aller jusqu´à Hérat. Pour ceux qui connaissaient ma Nissan Almera et bien imaginez-la avec 10 ans de plus soit plus de 20 ans, un frigo et des valises ainsi que mon sac à dos dans le coffre semi-ouvert, 4 adultes et un enfant en bas âge à l´arrière et 3 adultes devant ! Arrivée à Hérat en début d´aprem, j ai un peu de mal à trouver mon « hôtel ». Une fois l´ «hôtel» localisé, je négocie le prix pour une chambre lugubre et sordide. L´anecdote c´est qu´en débarquant dans « l´hôtel » les hommes en turban de la réception regardaient la série mexicaine «Amarte así Frijolito». Ce fut mon premier sourire en terre afghane car c´était la série que nous suivions avec les collègues du cabinet de Madrid. Puis, je descends dans la rue et là le plus beau commence. Les gens sont d´une gentillesse à ne pas y croire, les sourires sont francs et éclatants. Je suis déboussolée de tant de gentillesse ambiante. Les hommes à la mosquée se prêtent aux photos, les boulangers te saluent et te sourient, le cordonnier aussi, les enfants te disent bonjour dans un parfait anglais et sont ravis de poser pour la photo. Je m´arrête en début de soirée dans un hôtel 4 étoiles pour gratter le wifi et là toute l´équipe déroule un cable ADSL de 50 m à travers le hall pour me connecter et m´offre un thé. Le directeur de l´hôtel est informé très vite de ma présence et me propose de me faire visiter son hôtel ainsi que ses chambres dont il semble très fier. J´accepte poliment car je comprends bien qu´il tient à me montrer que son pays peut recevoir des clients de tous les pays dans de très bonnes conditions malgré les news de CNN et BBC sur la situation de son pays. Il me dit : «vous comprenez ils ne donnent qu´une partie de l´information et ne disent que le mauvais». Par la suite, il me propose de prendre une chambre, ce à quoi je réponds que le standing de son hôtel n´est pas, même de loin, dans mon budget. Il me fait un 50% sur le prix public mais la somme reste conséquente, je réfléchi 2 secondes puis me dis : « si je dois laisser ma peau à Kaboul où je vais dans quelques jours autant dormir grand luxe et prendre un bon bain avant» ! Hérat bien qu´en Afghanistan est une ville connue pour être stable et sure. Kaboul, elle, est aussi une ville relativement sure bien que tout peut changer en moins de 24h. Hérat fut donc une magnifique introduction dans ce pays où il ne me fallut pas beaucoup de temps pour réaliser l´importance pour moi d´être venue. Les enfants qui tiennent les stands de leurs parents dans le marché me font passer d´excellents moments, de jeunes gens soucieux d´améliorer leur anglais ou de discuter avec une étrangère font quelques pas à mes côtés. Un homme m´aide à trouver l´agence de voyage où acheter un billet d´avion, un autre à commander mon sandwich afghan que me prépare avec une dextérité impressionnante un petit garçon d´à peine 12 ans, le Juli du sandwich afghan ! Tout est réel, authentique, coloré et résonne en moi. De Hérat il n´était pas prudent de prendre la route pour Kaboul car risque très élevé de prise d´otage. Je prends donc l´avion. Là encore, je flippais grave de chez grave. Il faut dire que l´un des avions de ma compagnie aérienne a disparu en plein vol en mai dernier ! L´aéroport n´a d´aéroport que le nom. Les valises sont transportées sur des brouettes poussées par de jeunes gamins de 8-9 ans. Le capitaine descend fumer une clope sur la seule piste avant d´enchainer sur son vol retour. Avec toute l´intoxication journalistique occidentale ma peur est à son sommet et ma plus grande crainte est que l´avion soit pris pour cible par une rockette ! Vous rigolez mais a posteriori, Abasin, mon hôte de Kaboul, me raconta qu´un jour il a vu une rokette traverser un avion de ligne sans faire de blessé si ce n´est une femme qui avec la dépressurisation avait été projetée hors de l´avion. Elle fit son dernier grand vol ! Ne riez pas c´est vrai, heureusement il me raconta ceci à mon arrivée. Ce qui veut dire que je suis bien arrivée à Kaboul et entière. A partir de là je ne peux pas vous dire, les mots ne peuvent pas traduire la beauté de mon expérience dans cette ville si fortement meurtrie par les conflits armés. Abasin est un garçon hors du commun. A 7 ans il faisait des tapis, à 9 ans des chaussures en cuir, à 12 il travaillait dans un resto, à 19 il était gardien d´une grandissime station de radio anglaise implantée à Kaboul, à 22 ans il obtenait sa première carte de presse et montait sa première radio. Aujourd´hui à 28 ans il a en sa possession plus de 30 stations de radio en Afghanistan dont celle la plus écoutée. Il est également consultant et a géré à lui seul la communication des dernières élections du pays il y a quelques mois. Sa maison qui lui sert aussi de bureau fait plus de 200m² mais il n´a pas de chambre à lui, juste celle pour les invités et le personnel car lui travaille à chaque instant, je suis sérieuse. C´est un bosseur avec un don particulier et une grande intelligence de cœur. J´avais cette intuition avant mon départ, que, pour je ne sais quelle raison, je devais aller en Afghanistan. Kaboul et Abasin m´ont révélé cette raison. Il est si précieux de pouvoir discuter des heures avec des gens qui comprennent le vrai sens des mots « vie » et « mort » et dont l´expérience ou la vie sont un enseignement de travail, intelligence, humilité et humanité. Je pourrais également vous raconter des déjeuners fabuleux, des expéditions sur la montagne de Massoud, qui bien que général brillant n´était pas un ange, (la montagne est nouvellement destinée à toutes les antennes radio et TV). C´est sur cette montagne que des hommes se disant de la police nous ont interpelé en zone militaire interdite au public et nous ont retenu plus de 45 min avec Basir un employé d´Abasin, cela aurait pu très mal tourner. Je pourrais aussi vous raconter que dans un restaurant un homme en état d´ébriété m´a prié assez vindicativement de me taire, ce qui a dégénéré en prise de ma défense par tous les autres hommes présents et a failli terminer en lynchage sanglant, vous dire que les tartes aux abricots de la french Bakery sont à s´en lécher les doigts. Il y eut aussi un instant précieux dans une maison afghane où une maman m´invita à entrer et me montra les photos de son fils athlète, la rencontre d´un jeune étudiant en lettres passionné par la poésie de Federico García Lorca… Je pourrais vous raconter des tas de moments de bonheur et de vie mais ma plume ne saurait pas retransmettre leur intensité.
Car Kaboul il faut y aller. Il faut y aller car les gens y sont merveilleux mais aussi parce que la présence internationale, de tout temps, évite le trop d´atrocité. Kaboul il faut y aller et, tout comme à Berlin, bien comprendre que l´on fait partie de tout ce mal et que l´on a une grande part de responsabilité dans la mort des gens qui vivaient là et n´y sont plus et de la mort de tous ceux qui n´y seront plus dans 50 ans. Car tous les mensonges ne sont pas blancs ou pieux, certains puent l´argent, le pétrole, la fraude, la soif de pouvoir, la lâcheté, la méchanceté et la cruauté. L´information journalistique manipulée par nos gouvernements est à vomir. Combien de temps encore va t´on tolérer que l´on nous mente en pleine figure ? Combien de temps encore va t´on se prendre pour les sauveurs du monde alors que les créateurs des pires atrocités sont ces pays dont nous faisons partie et qui se disent les « grandes puissances mondiales » ? Voilà aussi peut-être pourquoi les ambassades de France ne délivrent pas de lettre de recommandation! Comment dans un système pervers si bien pensé laisser aller voir les conséquences atroces que génèrent les politiques inhumaines de nos si chers pays du G8 ? Et oui, pensez-vous, loin des yeux, loin du cœur. Ou nous pourrions plutôt dire pas vu pas pris…
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Même à mentir?
RépondreSupprimerJ'rigôôôle...
El Gato Loco
Don Quichotte lui ne s'attaquait qu'aux moulins à vent !
RépondreSupprimerSon père , ce brave Cervantés ,pouvait dormir tranquille.
Si tu trouves des éoliennes pendant ton voyage prends les en photos ,refais le monde en les contemplant ...................
Une de tes plus grandes fans attendra sereine tes commentaires sur ton blog, les nouvelles de Kaboul on peut les avoir aux informations.
j'attends avec impatience tes commentaires bien loin des reportages que nous pouvons voir ou lire....tu nous fais partager tus "vivencias"
RépondreSupprimerGracias...
MH
Le 737, c'est pas un Boeing?
RépondreSupprimerEl Gato Loco